EDITO : Au revoir et merci l’artiste !


Il est l'un des joueurs les plus doués de sa patte gauche

Il fallait bien que la nouvelle tombe un jour : à 36 ans, il ne gagnait plus grand-chose – même si il a tout de même fini sur la deuxième marche du All England en 2018 et remporté l’Open de Malaisie l’an dernier, il n’avait plus aucune chance de participer aux prochains Jeux Olympiques et ses prestations étaient de moins en moins convaincantes. Et pourtant. Lorsque le monde du badminton a appris la nouvelle qu’il prenait sa retraite, ce matin, dans les médias, c’est comme si toute une époque disparaissait. Lin Dan s’arrête. Avec lui, la génération des 4 « rois » - Taufik, Peter, Chong Wei – s’éteint définitivement. Lin Dan reste à ce jour le meilleur joueur de badminton de tous les temps, tout simplement. Une légende, dont le charisme, la vision, la patte gauche incroyable et le palmarès sont unique sur la planète badminton. Un grand bonhomme tire sa révérence.


Le salut de l'Armée Chinoise alors qu'il vient de battre Lee Chong Wei en finale des JO en 2008

C’est aussi un coup de vieux que l’on prend, nous, qui, depuis de nombreuses années suivons l’actualité du badminton internationale. Je débutais dans le monde du journalisme lorsque je fus envoyé par la Fédération Internationale pour couvrir les championnats du monde juniors, à Guangzhou, en Chine, en novembre 2000. C’est la première fois que je faisais connaissance avec cette génération de folie qui tapait à la porte des grands. En demi finale, il y avait l’Indonésien Sony Dwi Kuncoro, Lee Chong Wei, Bao Chunlai et Lin Dan. Ce dernier avait perdu en demi contre Bao, mais c’est avec lui que j’avais voulu faire une interview. J’avais compris, très vite en le voyant évoluer, qu’il deviendrait l’un des tous meilleurs du monde et voulais en savoir plus. Ce ne fut pas chose facile – les traducteurs n’étaient pas légion, et les jeunes joueurs peu habitués à l’exercice. J’insistais pour avoir quelques minutes en tête-à-tête avec ce jeune prodige. Il apparut, penaud, gêné et timide, à donner sa première interview à un journaliste étranger. Répondait à demi-mot, la tête dans les épaules après avoir perdu. Je sentais, malgré une timidité apparente, une fierté bafouée dans cette défaite. Qu’a cela ne tienne, je le surnommais « SuperDan », dans mon article paru sur la toute nouvelle plate-forme de la Fédération. Mes collègues reprirent peu-à-peu ce sobriquet qui allait devenir un surnom mérité et officiel au fur et à mesure que son talent explosait sur la scène internationale.


La précision de ses coups est légendaire

Déjà, il trouvait de sa patte gauche des angles improbables. Très vite, il affichait une confiance en lui sur le court hors norme. Un Chinois qui montre ses émotions – rare ovni au milieu de toute une dynastie de l’ère Li Yongbo à encaisser succès et défaites sans montrer quelque sentiment. Il commença à remporter des tournois majeurs dès le début des années 2000. Lui et Chong Wei se retrouvaient régulièrement en haut des podiums, pour ce qui allait devenir la rivalité de la décennie. Le Malaisien l’emportait régulièrement sur les tournois du circuit International, mais le Chinois, lui remporta toutes les plus grandes finales.


Aucun joueur, à ce jour, n’a réussi à égaler son palmarès, avec cinq titres de champion du monde et 2 médailles d’Or aux Jeux Olympiques (2008 et 2012). Il a remporté toutes les grandes compétitions du sport, le seul à avoir remporte le "Super 9". De l’Or aux Jeux d’Asie, aux championnats d’Asie, de l’Or avec ses compatriotes en Coupe Thomas, en coupe Sudirman (les championnats du monde par équipe masculine et mixte), de l'Or aux Super Series finals et au All England.


Lin Dan est tout simplement phénoménal, et semblait, lors de ses grandes années, absolument intouchable. Il savait quand élever son niveau de jeu, au bon moment, pour finir en Or. Une force mentale indestructible. Une aura qui lui permit de revenir de situations quasi désespérées, même tard dans sa carrière. Reconnu par ses pairs, il l’est aussi par le monde du sport en général, ce qui lui valu des invitations notamment aux célèbres Oscars du Sport, les « Laureus Awards », où on le vit en photo a coté des stars sportives de la planète comme Lionel Messi ou d’autres. Une égérie d’un sport en mal de reconnaissance médiatique dans les grands pays occidentaux, certes, mais une légende vivante pour des milliards d’Asiatiques. Qui lui auront pardonné son tempérament parfois fougueux, ses caprices de star et ses errances sentimentales – des clichés de lui et d’une jeune actrice alors que son épouse Xie Xingfang était enceinte ont fait le tour du monde. Même les médias, qu’il boude ou évite sciemment régulièrement le vénèrent, en Chine et partout ailleurs.

En Or, une nouvelle fois, en 2012. Il est le premier joueur de SH à réussir cet exploit

Lin Dan reste le héros de tout un peuple. Aujourd’hui, comme le reste de la planète badminton, ils sont des centaines de millions à pleurer cette décision, qui paraissait aussi redoutée qu’inéluctable.


Symboliquement, il annonce sa retraite avec 666 victoires à son compteur. Le monde du badminton, sans lui, ne sera plus le même, c’est sûr. Il va me manquer, à chaque fois que les tableaux de tournois seront publiés. Désormais sans ces 6 lettres synonymes de fougue, de plaisir, de classe.


Chapeau l’artiste. Et Merci.


Photos : Badmintonphoto

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