Lettre aux Bleus
- Raphaël Sachetat

- il y a 5 jours
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Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Quelque part à 30 000 pieds, entre Billund et Paris CDG,
Chers Christo, Alex, Tomi, Eloi, Léo, Enogat, Lucas, Maël, William, Julien,
Merci. Merci. Tout simplement.
Cette épopée, nous l'avons vécue avec vous – je parle en mon nom, mais aussi, je pense, au nom de tous ceux qui vous ont suivi, sur le web et les réseaux, à la mini télé (et un peu à la vraie, même si vous auriez mérité de passer en prime time sur une chaîne de grande audience), qui ont vibré avec vous. Qui ont eu l'estomac noué lors de matchs irrespirables. Nous avons ri, pleuré, nous avons été fiers, avec vous.
Merci pour ces résultats exceptionnels, mais pas que.
Je voulais vous dire merci pour avoir montré ce qu'est l'esprit sportif. Avec une anecdote qui n'en est pas une : lorsque Léo et Eloi étaient confrontés aux Chinois, largement devant au score, jusqu'au point de match, vous étiez bras dessus, bras dessous, en sautant et scandant « tous ensemble, tous ensemble », d'une même voix, aussi fort et avec autant d'enthousiasme qu'au premier point. La défaite n'était pas une option. C'est cet état d'esprit qui me fait dire que vous avez gagné votre médaille d'argent et non perdu une finale. Vous avez mené un combat de titans lors de cette finale historique.
Je voulais vous dire merci, aussi, pour avoir porté si haut ce petit logo qui m’est si cher, sur votre épaule droite. Vous avez montré à quel point la solidarité peut rimer avec badminton : soli-bad. À votre manière, vous avez mis en lumière ce pour quoi on se bat au quotidien : l’entraide. Après la cruelle défaite contre la Thaïlande, tout aurait pu s'effondrer. Les espoirs, la confiance. Mais c'est cette solidarité incroyable, cette complicité qui vous lie, qui a permis cette remobilisation formidable, laquelle a donné cette fougue, cette envie de tout casser (au sens propre pour la zone mixte).
Vous avez forcé le respect, non pas tant par votre talent seul, mais par la manière dont vous vous êtes investis dans la compétition, pour les autres. Ceux qui ont joué. Ceux qui n'ont pas beaucoup joué. Une victoire collective incroyable, qui vaut toutes les médailles d'or du monde, et qui est, et restera, un formidable outil pédagogique pour les générations à venir. Il faudra cultiver cela, toujours. Ce partage, cette abnégation, cette mise au service de l'autre, des autres, dans le sport de très haut niveau.
Et ce lundi, un peu dans le brouillard, si vous êtes rentrés dans ce petit avion qui vous ramenait de Billund à Paris, votre médaille au cou pour montrer avec raison votre modeste fierté, sans doute ne vous rendiez-vous pas compte de ce que vous avez écrit, en lettres majuscules. L'empreinte que cette compétition va laisser pour notre communauté de badistes tricolores.
Vous aviez fait entrer la France au Panthéon du badminton européen, il y a quelques semaines à Istanbul. Mais cette médaille d'argent place la France, collectivement, parmi les grandes nations du badminton mondial. Vous avez marqué les esprits.

Vous avez, en plus, vous qui avez rapporté ces points cruciaux sur le terrain, toujours rappelé avec beaucoup d'humilité que vos victoires sont aussi celles de vos potes. De ceux qui vous encadrent – Christophe, Cyril, Thierry, Toma, Matéo, Kestutis. De ceux qui vous soignent, vous chouchoutent, vous préparent – Carlos, Madeg et Yoann, que vous avez applaudis pour leur travail incroyable et leur disponibilité. Marie, qui immortalise avec talent vos élucubrations toujours drôles (et heureusement pas toujours diffusées) et qui nous a fait un peu vivre « les yeux dans les Bleus »
Merci, aussi, pour avoir fait rêver une génération de jeunes joueurs, qui savent aujourd'hui que rien n'est impossible. Il suffit d'y croire, de travailler comme des fous, de se faire confiance et de faire confiance aux autres.
Merci, enfin, d'être ces belles personnes – qui respirent la gentillesse, l'humilité. Qui manient l'humour avec une sauvagerie toute française, une irrévérence de circonstance, respectueuse, comme une bande de copains qui vivent une aventure extraordinaire. Julien, le sage. William, le trublion fanfaron qui pourrait chauffer des salles de concert. Eloi et Léo, ce duo tellement humain, en plus d'être de vrais acrobates sur les courts. Maël et Lucas, Enogat, des crèmes qui ont joué à fond leur rôle de jokers, sur le banc – une position pas facile – à soutenir leurs potes comme si leur vie en dépendait. Sans oublier ceux qui ont joué un rôle dans cette épopée magnifique ; on a forcément une pensée pour Thom et Arnaud. Et nos extra-terrestres, Christo, Alex, Tomi, qui ont débarqué dans ce top 20 mondial à titre individuel et qui ont, par leur détermination, leur remise en question parfois, emmené la France de leur cœur, avec une immense sincérité, dans le top 2. Imaginez…

La France est vice-championne du monde par équipe masculine. Vous y croyez ?
Cela fait cette année 25 ans que je suis le badminton comme journaliste pour Badzine, et je n'ai jamais demandé un quelconque selfie ni à apparaître avec des joueurs sur une photo, mais ce dimanche, vous voir là, sur le podium, le sourire accroché au visage, j'ai eu très envie de me frayer une petite place parmi vous, pour vous dire combien j'étais fier et honoré d'être ce témoin privilégié de cette incroyable aventure humaine, en bord de courts, pour immortaliser ces moments à travers mon objectif – comme Yohan et Jnanesh qui ont fait de superbes images – ou derrière mon clavier pour essayer d'expliquer, à travers nos articles, la portée de vos exploits…
Avec celui-ci, qui, peut-être, est le plus magique de tous. Pour la manière.
Il a fait grand beau toute la semaine à Horsens. Et puis, dimanche, les larmes du ciel sont venues s'abattre sur cette petite salle d'un bourg danois du bout du monde, comme un symbole que l'aventure allait s'arrêter là. Les Chinois ont été incroyables, eux aussi. Ils méritaient leur titre, assurément. Mais vous méritez bien plus qu'une médaille d'or : tout notre respect et notre gratitude pour avoir porté si haut, si fort, nos couleurs, et les plus belles valeurs de la France : une fraternité qui vous lie, pour toujours.
Alors, au nom de tous ces entraîneurs de pôles ou de petits clubs, ces présidents de structure, des Présidents et élus de la Fédé qui ont bossé dur pour cela, au nom des parents de jeunes joueurs, des vétérans, des parabadistes, de tous les passionnés de badminton, quels qu'ils soient, et qui ont vibré avec vous, pour toutes ces émotions incroyables, merci.

Merci.
Raphaël Photos : Marie R. (UNE) et Badmintonphoto








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