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CHRONIQUE D'AILLEURS "Femme au volant"

Dernière mise à jour : 23 févr. 2023


Les colonnes de Badzine s'ouvrent à ceux qui veulent exprimer un témoignage, un ressenti, des idées. Lancer des débats, aussi. Nous ouvrons donc cette première "chronique d'ailleurs" par un témoignage qui nous a été envoyé par Anaëlle, que nous avons trouvé important de relayer. Nous le publions ainsi tel quel. Brut.



"J'ai toujours eu des bras imposants. Ça a d'ailleurs, à maintes reprises, beaucoup amusé mon entourage. Pour ma part j'étais tantôt fière tantôt gênée car ces bras là ne correspondaient pas aux critères de beauté véhiculés par notre Société. Ce n'était pas très conforme aux attentes que l'on avait d'un corps féminin.

Hasard ou pas, j'ai commencé à pratiquer un sport dans lequel je me suis très vite sentie bien. On pouvait même parler d'une révélation : le badminton. Il se trouve que cette pratique a en retour accentué ce que je pouvais désormais nommer « mes bras de Popeye ». Cette hypertrophie musculaire m'a cependant bien rendu service dans la pratique de ce sport : ma puissance de frappe est devenu mon point fort. J'étais enfin fière de mes bras car j'avais trouvé un domaine dans lequel ma force pouvait enfin être valorisée et déployée sans gêne.

Une autre chose m'a beaucoup attiré dans le badminton : c'est la mixité. Je regrette que la mixité relève de l'exception dans le sport en général. Je ne comprends pas pourquoi l'on doit séparer les hommes et les femmes dans la plupart des pratiques sportives. Que l'on ne m'avance pas l'argument de la différence de force. Cela me met très vite en colère. Le sport ne se résume -t- il vraiment qu'à une question de force physique ?

Si nous prenons l'exemple du badminton, l'adresse et la précision sont tout aussi importants que la force. Et puis la question de la force est toute relative dans ce sport : trop de puissance, et le volant est « out ». Il faut donc bien s'appuyer sur autre chose que cette force qui divise tant les hommes et les femmes. La force ne doit pas être un but en soi. Pour mon propre exemple, ma force de frappe s'est toujours inclinée face à de meilleurs tacticiens. Non, la force ne fait pas tout dans ce cas là, c'est la vision du jeu qui l'emporte. Là où les choses commencent à me déranger, c'est quand on attribue aux hommes la force et la puissance là où les femmes doivent rester agiles et douces. Gare à celles qui aspirent à un poste de puissance car visiblement, nous n'avons pas à nous aventurer sur ce terrain là.


À la base pourtant, le double mixte part de la bonne intention de faire jouer ensemble les femmes et les hommes mais quelques points restent selon moi à améliorer. Le double mixte se déroule à peu près ainsi : l'homme derrière, la femme devant. Pourquoi ? L'ai je questionné à plusieurs reprises. Souvent on me répondait « comme la fille a moins de force elle reste devant ». L'homme va plutôt couvir la partie arrière du terrain car il a plus de force et la femme va rester devant pour la précision, les amortis, la finesse du geste...bref, tout un domaine que madame est censée maitriser parce que c'est comme cela. Monsieur, c'est la force et la puissance.


Les Danoises Juhl-Pedersen, symboles de la force féminine sur un terrain

Beaucoup de femmes intériorisent ce dogme et acceptent sans broncher ce poste qui leur est attribué. Ces femmes là ne vont pas chercher à investir la partie arrière du terrain, on ne va surtout pas déranger monsieur dans le domaine qu'il maitrise le mieux. Et puis de toute façon, c'est chacun sa place.

Si en tant que femme tu as le malheur de dire que tu n'aimes pas jouer uniquement sur la partie avant du terrain plusieurs réponses sont possibles :

– On peut te caresser dans le sens du poil et dire que tu as un rôle TRES TRES important au filet car c'est toi qui as l'honneur de finir les points (si ce rôle est si enviable dans ce cas pourquoi tu ne prends pas ma place?)

– Puis il y a ceux qui vont te dire « OK on va essayer de te faire jouer derrière et tu verras bien ce qu'il va se passer... » Et puis cette personne qui se retrouve en face de toi va tirer dans ta direction de toutes ses forces et te smasher dans la gueule pour te faire comprendre que ta place n'est pas derrière mais bien devant.

Si en tant que femme tu es forte devant et nulle derrière tout va bien se passer pour toi.

Si tu es nulle devant et un peu moins derrière aie ... les choses se compliquent.

Mieux vaut en tant que nana se conformer aux rôles qui nous sont attribués car celles qui sortent du moule deviennent rapidement problématiques.


Il se trouve que je suis de ces filles là : nulle devant et meilleure derrière. J'ai, au passage, du mal à mettre de la bonne volonté quand on me suggère de m'améliorer au filet, par peur d'y rester coincée pour toujours. Quel est le sens ? Je dois m'améliorer sur la partie avant du terrain pour reprendre ma place de femme au filet car c'est là que je suis censée être.

À aucun moment nous n'interrogeons ni remettons en question ce mode de pensée mis en place il y a probablement fort longtemps.

Je ne me serais sans doute guère interessée à cette question si je rentrais parfaitement dans les cases, si je me conformais aux attentes que l'on a de nous chères demoiselles. Mais ce n'est pas le cas. Je suis une nana plus brute que douce et c'est comme ça. Je n'aime pas le filet et je préfère le fond de court....qu'est ce qu'on fait maintenant avec ça ?

Le plus dur est de faire porter à une femme qui a le malheur de reculer la responsabilité d'une défaite lors d'un match. C'est très culpabilisant d'entendre « on a perdu car tu n'es pas restée devant et comme tu as moins de force bah tu t'es fait smasher dessus par le mec en face ».

Le pire est que ce manque de légitimité de la femme en fond de cours a pour effet de lui faire perdre totalement confiance en elle et la fait rentrer dans le cercle vicieux d'un jeu médiocre qui va valider les attentes des moins bienveillants. Si tu n'es pas attendue derrière, la moindre erreur est fatale.

C'est dur aussi d'entendre « il faut jouer sur le point faible c'est à dire la fille ».

Les rares moments où je me « prête au jeu » devant avec un mec qui derrière ne fait que des dégagés avant de te dire à la fin du match « c'était trop bien je me suis éclaté » alors que toi tu n'as touché aucun volant....le plaisir n'est pas partagé.


Certains sont plus tolérants et moins portés sur la victoire « le principal c'est que tu t 'amuses. Si tu es frustré alors je le serai aussi » . D'autres font simplement avec la personne que tu es et non ton genre. Tes points forts, tes points faibles, indépendamment de ton sexe.

Je pense que les femmes pourraient être beaucoup plus fortes qu'elles ne le sont. Elles ont intériorisé l'idée qu'elles étaient plus faibles et ne vont pas chercher à developper leur force musculaire pour des raisons qui me sont encore obscures...ne pas faire d'ombre à ces messieurs ? Parce qu'une femme forte c'est mal vu ? Inesthétique ?


Si on laissait les femmes investir la partie arrière du terrain elles auraient toute la légitimité de developper leur force et exploiter leur potentiel insoupconné.

Mes gros bras m'ont inévitablement guidé vers ces questionnements. Si j'avais été meilleure au filet qu'en fond de cours, je me serais fondue dans la masse et aurais accepté la situation.

Les gens sont mal à l'aise avec ce qui est inhabituel. Ça les destabilise. Ils préfèrent s'arranger avec la réalité pourvu qu'on reste bien sagement dans nos cases.


J'ai entendu plusieurs fois « t'as un jeu de mec » ...pourquoi je n'aurais pas un jeu de femme ?

Je suis une femme avec de la force...aie...ça y est je l'ai fait...j'ai associé deux mots qu'on oppose.

Mesdames qui aimez jouer au filet ne vous sentez pas offensées par mes propos. Je ne reproche pas aux femmes de jouer au filet. Je reproche juste à notre société de ne pas accepter que certaines femmes puissent ne pas aimer cela. J'ai beaucoup d'admiration pour votre dextérité au filet mais personellement, je préfère frapper fort.


Anaëlle

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