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EDITO – France, terre de bad, terre d’asile.



Forcément, le sujet prête à réflexion. A débat, après les émotions. A une certaine mise en perspective. Aussi, forcément, à une prise de position. Alors, bon, allons-y, même si je ne vais pas me faire que des amis avec cet édito un peu casse-gueule. Les faits, d’abord. Bruts. Lors d’une rencontre de badminton de haut niveau, il y a quelques jours, un enregistrement d’un match a été diffusé sur les réseaux sociaux. On y entend une voix, qui, clairement, fait référence aux origines étrangères de l’adversaire de celle (mineure, au passage), que cette dame encourageait. Et d’y ajouter qu’elle n’était pas la bienvenue en France, sans parler des encouragements suivants, proférés avec une certaine dose de vulgarité. Plus qu’anecdotique, cette séquence, relayée sur la toile par les clubs et nombre de joueurs, a choqué. Moi le premier. Elle a provoqué un raz de marée de protestations, bien légitimes. Parmi les amis de la joueuse d’origine indonésienne – dont la gentillesse semble par ailleurs faire l’unanimité - mais plus généralement par toute la communauté du badminton : les clubs, comités, ligues et sponsors. La Fédération, également, qui s’est exprimée et a condamné très vite ces propos. Bref, une grande partie de la communauté du badminton s’est insurgée. D’autres n’ont rien dit mais j’imagine bien qu’en voyant les sondages politiques récent et la montée du populisme qui surfe sur ces notions d’immigration - qu’une minorité partage en partie cette aversion pour « l’autre », le non Français d’origine, qui vient fouler les courts.


Deux petits apartés avant de rentrer dans le vif du sujet, ici. Le premier, tout d’abord pour rappeler aussi que, si la victime première est cette joueuse d’origine indonésienne – je lui apporte ici encore une fois tout mon soutien – attention à ne pas tomber dans le harcèlement et la méchanceté vis-à-vis de l’autre joueuse, incriminée de par les propos de son entourage. D’une part, on ne peut pas être tenu responsable pour des paroles proférées par ses proches. D’autre part, son jeune âge et la situation dans laquelle elle se trouve actuellement, ainsi pointée du doigt par toute une communauté, doit amener chacun à ne pas faire d’amalgame et ne pas lui faire porter une responsabilité qu’elle ne doit pas endosser. Si justice doit être saisie pour atteinte à la loi, libre à son adversaire de faire ce choix, et à la personne incriminée d’en assumer les conséquences. L’acharnement numérique, surtout dans cette période de fragilité qu’est l’adolescence, est dangereux. Attention, donc.


L’autre point de rappel important à faire ici, est sémantique : l’utilisation du mot « racisme » est, comme souvent, un peu détourné. Par définition, le racisme « est une idéologie qui, partant du postulat de l'existence de races au sein de l'espèce humaine, considère que certaines catégories de personnes sont intrinsèquement supérieures à d'autres ». Ce n’est donc pas de cela dont il s’agit ici. Même si cela s’en rapproche ou si la notion est souvent corrélée. On parle ici plutôt d’aversion envers des personnes d’origines étrangères dans un contexte précis. Sans doute plus proche de la Xénophobie dont la définition sociologique est, selon Wikipédia, « l’ensemble des discours et des actes tendant à désigner de façon injustifiée l’étranger comme un problème, un risque ou une menace pour la société d’accueil et à le tenir à l’écart de cette société, que l’étranger soit au loin et susceptible de venir, ou déjà arrivé dans cette société ou encore depuis longtemps installé ».


Petit retour en arrière (pas trop, je me fie ici à mes souvenirs personnels), dans notre histoire du badminton. Pour rappeler, déjà, que ceux qui sont devenus français, d’origine étrangères, l’ont été dans leur grande majorité au titre d’une naturalisation « choisie » par la nation, c’est-à-dire par la légitimisation par l’état de l’adoption de notre mode de vie, de notre langue, de nos valeurs. L’exemple de Pi Hongyan est de ceux qu’on peut citer : c’est bien la France qui a ouvert grands les bras à cette jeune femme qui pouvait soudain la faire briller à l’heure olympique. Le timing était mal choisi – juste avant les Jeux d’Athènes de 2004, coupant ainsi l’herbe sous le pied assez injustement, il est vrai, de joueuses dont c’était le rêve de participer aux JO. La communication autour des objectifs réels de son arrivée, fut maladroite - elle a provoqué beaucoup de frustrations là encore légitimes, à toute une génération de joueuses, qui finalement, n’en ont pas bénéficié – ou peu (l’exercice était difficile pour faire les deux – développement ou haut niveau). Mais dans l’absolu et avec le recul, le badminton s’est aussi grandement développé en France grâce à son arrivée. En termes de notoriété. De médiatisation. De professionnalisation. Et aussi, de croire en ses chances, que rien n’est impossible, d’aller battre des stars. Comme l’a démontré ensuite Brice. Sashina et Teshana quelques années plus tard, furent naturalisées, non sans mal après une lutte acharnée pour prouver que leur dessein était avant tout de s’intégrer dans leur nouveau pays, via leurs études notamment. Et nombreux en ont profité, en Alsace autour de leur club d’adoption. Plus récemment, Xuefei que le désir de pouvoir continuer à pratiquer son sport ailleurs a vu débarquer dans un petit village de Bretagne. Son amour du badminton s’est transformé en amour tout court, et son mariage – de cœur – avec un Français lui a apporté le sésame pour aujourd’hui représenter notre nation (dont, au passage, la ministre des Sports est une ancienne athlète roumaine naturalisée française…). Je pourrai aussi évoquer Arif et Weny, qui ont représenté nos couleurs avec brio ou joué un rôle clé dans le développement de nombre de structures de badminton. Ou encore nos ex Bulgares, Sveti Stoyanov et Mihail Popov, qui ont autant apporté au badminton trico

lore aussi bien sur les courts (qui se souvient de cette victoire émouvante de Sveti et Vincent Laigle à l’Open de France ?) qu’en dehors, en formant à leur tour des centaines de jeunes. Que dire du frère de Mihaïl, Toma Popov, dont la famille a émigré de Bulgarie pour donner aujourd’hui au badminton fosséen – et Français – une dimension internationale, dont profitent, aussi, des joueurs formés en France. Avec, pour ses bambins – dont l’un né à Sofia – des titres européens et des Marseillaises qui résonnent tout doux à nos oreilles.


Alors, oui, il est indéniable que de voir débarquer encore à l’INSEP une « nouvelle » étrangère qui vient « prendre la place » des jeunes filles « du cru », cela a quelque chose de dérangeant dans l’absolu. Ce débat revient sur la table à chaque génération « sacrifiée » selon les dires de certains. Je ne partage pas cet avis – je suis de ceux qui pensent que cela doit et peut créer une émulation saine, si cette arrivée est encadrée, que la seule bénéficiaire n’est pas la seule joueuse en question. Yaëlle, Marie, Léonice sont en train de le prouver admirablement en travaillant fort et en augmentant sensiblement leur niveau de jeu depuis quelques années. Profitant, pour certaines, aussi de l’expertise de ces apports « extérieurs ».


Aussi, plus généralement, le fait d’être « né » quelque part ne devrait pas donner plus de « droits » qu’à quiconque, né ailleurs, mais peut-être plus méritant. Nous avons déjà la chance – énorme – d’être nés en France, très assistés, éduqués, soignés gratuitement. A quel titre devrions-nous en interdire le bénéfice à ceux dont la nation a jugé qu’ils étaient dignes d’en bénéficier aussi, par leur travail, leurs efforts pour s’intégrer. Leurs respects des règles (fiscales, démocratiques, culturelles). Bien souvent, ils ont lutté, sacrifié bien plus que nous pour avoir ce droit. Et ont fait passé leurs devoir d’aspirants citoyens avant ces droits dont nous bénéficions par simple acte de naissance. C’est vrai dans la société civile comme dans le sport de haut niveau, où les naturalisations nombreuses ont très souvent donné lieu à des histoires humaines magiques, dont ont bénéficié aussi des générations de Français « de souche ». La richesse est dans la tolérance, l’ouverture sur les autres dans la mesure où ils souhaitent partager, loin du communautarisme. Nous nous devons d’accueillir comme il se doit celles et ceux qui ont choisi de vivre de leur passion sous de nouvelles couleurs. Et de célébrer cette belle communion du sport dans sa diversité. Surtout à 3 ans des Jeux Olympiques, en France qui accueillera la planète entière avec un symbole fort d’ouverture à lancer. Ne soyons pas assez fous pour perdre de vue cet essentiel : de faire de la France, pour ceux qui le désirent et le méritent en même temps, une accueillante terre de Jeu(x), une terre d’Asile.


Allez, bon dimanche à tous,


Raphaël Sachetat





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