Edito – France Jeunes
- Raphaël Sachetat

- il y a 5 heures
- 6 min de lecture

Forcément, après un événement aussi riche en émotions et en rebondissements, on a la plume qui gratte. Alors c'est parti pour l'édito — j'ai bien été tenté d'en rajouter un peu sur le résumé de la semaine, mais il ne faut pas tomber dans le mélange des genres, paraît-il, et rester « objectif » (drôle de terme pour le photographe que je suis par ailleurs) dans nos articles. Pas pour les éditos, où l'on peut prendre parti… (ouf!)
Enfin, là n'est pas le but de cet article du jour sur les championnats de France, où je voulais simplement partager l'expérience : c'est toujours un moment particulier, pour un amoureux d'un sport, de vivre des championnats de France Jeunes. Par la pression qui s'y trouve — inhérente à toute compétition de haut niveau —, mais il y a autre chose : dans la relation que les athlètes entretiennent avec leur entourage, leurs parents, leurs entraîneurs.
Lorsque l'on a un minimum d'empathie ou de sensibilité, on ne peut s'empêcher de ressentir cette tension émotionnelle très, très forte qui transforme l'atmosphère. Ces petits gestes, ces regards, ces yeux qui brillent, ces mains qui s'agitent pendant que se préparent les petits loups, qui s'apprêtent à « jouer leur vie » sur un match. J'admire la placidité — parfois de façade — de certains parents. Je comprends les émotions des autres. Accompagner un jeune dans le haut niveau, c'est tellement d'heures passées dans les transports, sur les ordinateurs, parfois à faire des comptes d'apothicaire.

C'est tellement de stress que de gérer non seulement ses propres émotions, mais aussi celles de ses enfants, la chair de sa chair, dont ils comprennent et ressentent chaque soubresaut émotif, d'autant plus intensément dans ce cadre très spécifique. Oui, sur un match, sur un set, sur un point même, c'est parfois toute une saison qui se joue. Et forcément, on vibre, on a peur, on veut pour ses ouailles que cela aille dans leur sens. Ce n'est pas toujours le cas, et il faut alors savoir prendre du recul, accueillir d'abord sa propre frustration ou déception, avant de pouvoir accueillir celle des enfants, tout aussi - voire plus - légitime. Se rappeler que, après tout, cela n'est et ne reste « que du sport », et que dans quelques jours, quelques semaines, les émotions seront retombées, et que, finalement, ce point, ce set, ce match perdu n'aura pas eu autant d'impact qu'on aurait pu l'imaginer. - même si, oui, il y avait les "sélectionneurs et responsables des pôles" présents - ils regardent aussi l'attitude, pas seulement les résultats.
C'est toujours ainsi, quand on a la tête dans le guidon. "La règle des 5" fonctionne bien dans ce cas : "ce que je vis dans l'instant aura-t-il de l'importance dans 5 heures, 5 mois, 5 ans ?" Si la réponse est non à l'une de ces questions, on sait qu'il faut garder raison.
Il y a aussi un autre écueil possible lorsque l'on est trop investi : vivre à travers ses enfants ses propres envies ou fantasmes de gloire sportive. Vivre la carrière du jeune sportif par procuration — lorsque les frustrations des parents dépassent celles des enfants eux-mêmes, il est temps de s'interroger sur la véritable relation du parent à l'activité. Un fait qui touche tous les sports, avec des parents qui oublient d'accompagner simplement leurs enfants vers une activité épanouissante, guidés par leur seul ego, leur fierté parfois un peu mal placée, de voir leur fils ou leur fille « meilleur(e) » que les autres. de "réussir" là où eux n'ont pas forcément eu de succès. C'est heureusement rare dans notre sport, mais la limite entre une fierté saine et une autre, plus autocentrée et plus nocive, est parfois ténue et il est complexe pour les parents de savoir rester dans leur rôle d'accompagnants bienveillants : être là pour écouter, entendre, communiquer avec leurs enfants pour qu'ils puissent exprimer, sans jugement et sans prendre parti, leur ressenti.

Le reste n'est pas de leur ressort. L'exigence, oui, mais sur le respect de soi-même et des autres, l'empathie, les nécessaires rappels que le sport doit avant tout être un espace d'apprentissage de la vie en commun — même pour un sport individuel — et de solidarité. Des valeurs que les parents doivent savoir transmettre, dans un accompagnement plein d'amour et d'écoute avant tout. D'encouragements réguliers et positifs sans tomber non plus dans l'ultra valorisation ou le "culte de l'enfant prodige", tout aussi néfaste. Pour le reste, les joueurs font déjà preuve d'assez d'exigence envers eux-mêmes pour ne pas en rajouter, soutenus en ce sens par des entraîneurs, eux aussi exigeants, à juste titre et fort légitimement. Mais je sais combien il est difficile de jongler avec toutes ces émotions, sans « manuel du parent du jeune sportif », et j'admire ce courage et cette abnégation, année après année. Ah oui, une parenthèse, à propos du respect dont je parlais : il y a aussi au passage le respect du droit d'auteur. Merci aux joueurs et aux parents de rappeler que les images produites par Badmintonphoto ne sont PAS libres de droits. Le partage sur Facebook d'une publication ou d'une "story" sur instagram à partir d'une autre publication sont possibles, mais si vous souhaitez publier directement sur vos réseaux, il faut suivre les règles et acheter les droits de publication - merci ! (toutes les images de la compétition sont ici : www.badmintonphoto.fr (et un immense merci à Lucas et Eliott pour leurs magnifiques images et gros travail sur le week-end!)

Les entraîneurs, parlons-en. Je suis frappé, année après année, de voir l'évolution de tous ces passionnés, qui ne comptent pas leurs heures pour accompagner « leurs » petits. La très belle relation qui se forme — avec des garde-fous désormais essentiels, rappelés par la Fédération et ses partenaires ( "Colosse aux pieds d'argile", pour ne pas les nommer), pour bien marquer les limites.
Cette année, peut-être plus que d'autres, j'ai trouvé les entraîneurs investis, mais sereins. J'entendais souvent, d'une oreille discrète depuis les tribunes, des rappels essentiels au plaisir qu'il faut garder à jouer. Avant tout. Le sport est, et doit rester, une « terre de jeu », comme le disaient les slogans. Il faut aussi savoir prendre du recul face aux injustices — elles arrivent parfois, même dans le sport de haut niveau. Les accepter, et, pour s'en prémunir, jouer encore mieux pour ne pas être pénalisé outre mesure par des situations qui peuvent être mal vécues, car injustes.

Le rappel, aussi, que les arbitres sont eux aussi humains et peuvent faire des erreurs — c'est également pour eux, bénévoles passionnés, ne l'oublions pas, une leçon de vie que de devoir prendre des décisions difficiles dans un environnement particulièrement astreignant : de très longues journées, peu de pauses… qui imposent avant tout le respect des joueurs pour le temps qu'ils consacrent à ces compétitions, sur leur temps libre, et la nécessaire acceptation des erreurs qu'ils peuvent commettre - on en fait tous.
Et puis je garderai bien sûr le souvenir de ces sourires, de cette gentillesse de toutes les femmes et tous les hommes en bleu, sans qui ces championnats ne pourraient pas se tenir. Le bénévolat a cette belle vertu de rassembler — même si certains bénévoles se sentent peu reconnus et parfois blessés par un manque de reconnaissance ou de tact dans la communication, ce sont de bien belles âmes qui donnent de ce temps si précieux pour que ces compétitions incroyables aient lieu. Bravo et merci à eux, à vous, si vous lisez ces lignes.

Les retours en minibus ont dû eux aussi être chargés d'émotions, belles ou douloureuses, de ronflements après un week-end si dense, d'odeurs de chaussettes façon maroilles, de rires et de larmes, de textos, de partages. Pour certains, c'étaient leurs derniers « France », avec sans doute une émotion particulière, une nostalgie déjà de voir le temps qui passe, inéluctable. Et des souvenirs qui resteront toute une vie. Et, peut-être, de belles carrières à venir…
Kenavo !
Raphaël
Photos : Badmintonphoto (un immense merci à Eliott et Lucas pour les magnifiques images du week-end)








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