L’Open d’Iran de Badminton (International Challenge) s’est déroulé la semaine dernière à Téhéran. Quatre français y participaient : Laurent Constantin et Sébastien Vincent en double Hommes, Barbara Matias en simple et double Dames, et Sahsina Vignes Waran en simple Dames. Le tournoi était relativement relevé du fait de la venue des japonaises et des indiennes ainsi que de très bonnes joueuses européennes. Sur le plan sportif, il n’y a pas eu de miracle : Barbara perd au second tour contre une japonaise, les garçons en double et Sashina en simple se hissent jusqu’au troisième tour, sans plus de succès. Même si les deux joueuses tricolores sont déçues de s’être arrêtées à ce stade de la compétition, elles ont accepté de répondre aux questions de Badzine. Elles reviennent sur leur expérience, dans un pays où le port du foulard est imposé par la loi.
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Propos recueillis par Anthony Guidoux.
Photos : Badmintonphoto (archives)
Badzine : Barbara et Sashina, vous avez toutes les deux participé à l’Open d’Iran la semaine dernière. Comment vous décririez l’ambiance dans ce tournoi ?
Barbara Matias : Le gymnase était plein de spectatrices qui supportaient à 120% les Iraniennes. Dès lors qu’une Iranienne jouait et gagnait un point, le gymnase (petit de 3 terrains) se transformait en un stade de foot plein de ses supporters ! Les Iraniennes ont pour la plupart une incroyable volonté de gagner, elles se battent du début jusqu’à la fin sans jamais rien lâcher. Il a été parfois difficile de jouer contre elles car les
arbitres et juges de service étaient souvent influencés par leur décision… Pour l’anecdote : je pense que je n’ai jamais vu autant de fautes de service en une journée, parfois jusqu’à 7 fautes de service dans un match toujours destiné aux étrangères et non aux iraniennes… Heureusement après plusieurs plaintes tout cela a cessé le deuxième jour…
Sashina Vignes Waran : Moi, au contraire de Barbara, j’ai trouvé que quand les filles jouaient, l’ambiance était assez calme. Par contre quand les garçons jouaient, la salle était remplie. Globalement, il y a plein de hurlements, de spectateurs (les femmes d’un côté et les garçons de l’autre) et beaucoup de bruits. Il y a plus de monde aussi puisque les femmes ont le droit de voir les garçons jouer mais les garçons n’ont pas le droit de venir voir les femmes.
BZ : Comment la séparation Hommes/Femmes était-elle organisée ?
Barbara : Les femmes jouaient le matin de 9h à 13h et les hommes de 14h jusqu’au soir. Les femmes, ne jouant pas voilées, n’ont pas le droit de se montrer à un homme. Il était donc strictement interdit qu’un homme se trouve dans le gymnase durant notre compétition. Vous l’aurez deviné, le double mixte n’existe pas là bas…
Sashina : Quand les femmes jouent, les arbitres, juges de lignes et les gens dans la salle ne sont que des femmes. Chez les garçons, il y a plus de monde puisque les filles ont le droit de voir les garçons jouer (ou même les coacher) mais les garçons n’ont pas le droit de venir voir les femmes.
BZ : Comment avez-vous vécu la chose, vous qui n’êtes pas coutumières du fait ?
Barbara : Pour l’anecdote, je n’ai même pas croisé une fois Sébastien (Vincent) et Laurent (Constantin) de tout mon séjour. Je n’ai même pas pu suivre leurs résultats, alors que nous étions dans le même hôtel et que la compétition se jouait au même endroit ! Le fait que nous soyons séparés n’a pas été un problème, mais c’est assez bizarre de voir un gymnase rempli uniquement de femmes. L’ambiance était très… féminine ! (rires)
Sashina : Évidemment, nous savions que le fonctionnement serait différent en Iran. Je pense que c’est sportivement que cela a été plus dur pour certains joueurs. Ils ont dû enchaîner des matches en moins d’1 ou 2h (puisque les matches étaient concentrés sur une demi-journée, pour les femmes ou les hommes). Ce n’est pas évident puisque normalement, on a un temps de récupération entre les deux matches.
BZ : Avez-vous pu discuter avec des femmes iraniennes ? Que vous ont-elles dit ?
Barbara : Elles nous demandaient juste d’où l’on venait, nous parlions des matchs et la discussion restait très superficielle…
Sashina : Les Iraniennes sont vraiment sympathiques. Elles disent qu’elles n’ont pas de liberté dans leur pays, à cause de la loi, notamment celle qui les oblige à être voilées (ce n’est pas à cause de la religion). Elles disent également que l’on a une mauvaise image de leur pays, à cause de l’image qu’en donnent les médias.
BZ : Quelques anecdotes qui vous ont marquées ?
Sashina : Nous n’avions pas le droit de prendre une photo avec les joueuses iraniennes dans la salle puisqu’elles étaient en tenue de sport (short et t-shirt) et elles n’étaient pas voilées. Et nous étions toujours accompagnées par des gardes du corps dès qu’on sortait de l’hôtel pour notre sécurité.
Barbara : Le plus impressionnant, c’est de voir toutes ces joueuses, que vous connaissez, toutes voilées. L’arrivée au gymnase m’a également un peu surprise. En bas du gymnase, il y a des hommes, donc toutes les femmes voilées attendent d’arriver sur les courts, dans le gymnase, pour enlever leur voile. C’est assez impressionnant. D’autant plus que si par hasard vous venez à oublier de mettre votre voile pour redescendre, en moins de deux secondes vous êtes interpellée par une femme Iranienne qui vous rappelle à l’ordre, comme une mère qui expliquerait à sa fille les bonnes manières…
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