PORTRAIT - Brice Leverdez, la rage de vaincre PDF Imprimer Envoyer

















Brice Leverdez est la nouvelle locomotive des bleus. Avec des idées et des ambitions plein la tête, le numéro un tricolore est sans doute, à 23 ans, l’avenir du badminton français. Thierry Lacour, lui aussi membre du club de Créteil, l’a rencontré pour Badzine.


Photos : Badmintonphoto

Voilà plus d’un an que Brice Leverdez domine le badminton français. Depuis son coup d’éclat des championnats de France 2008, où il a battu Erwin Kehlhoffner, au terme d’une finale épique où il sauva trois volants de matchs… A Bourgoin Jallieu, la semaine dernière, il n’a fait que confirmer son statut de favori, sans trembler. Avec une belle assurance devant les velléités des jeunes loups, encore juniors, qui montrent déjà leurs canines. Sur ses solides épaules, du haut de ses presque 23 ans, ce blondinet assez « beau gosse » assume sereinement son statut de N°1 français, sans prendre la grosse tête. Comme si c’était naturel. Car il est comme cela, Brice, c’est un battant, un gagnant, pour qui la défaite est anormale. Tout petit déjà, il gagnait tout … en judo ! Car il a d’abord été la terreur des tatamis avant de régner sur les courts. De 5 à 12 ans, sur les traces de son grand frère (qui a été aux portes de l’équipe de France de judo), il remportait tous ses combats, très rapidement. Explosif, déjà. Puis il s’est cassé la clavicule, et il a commencé à perdre. La haine de la défaite, déjà. Alors il a rejoint sa sœur, qui jouait au badminton au club de Maurepas, sa ville natale des Yvelines. Immédiatement, ce nouveau sport lui a plu. Et son entraîneur a tout de suite remarqué sa rapidité sur le court, sa hargne, sa "grinta".



De la graine de champion.


De matchs expédiés en tournois enlevés, il est intégré au CREPS de Châtenay-Malabry, à 15 ans ! Là, sous la houlette de Yannick Rival, il acquit son fond de jeu et use ses premières chaussures. Avec une seule idée en tête : devenir le meilleur. Après le bac, ce surdoué saute une étape, puisqu’il passe directement du pôle espoirs à l’INSEP sans passer par le pôle France. Mais d’où vient cet état d’esprit de « winner » ? Pas la peine de chercher très loin : ses parents, sportifs de haut niveau (sa mère en volley-ball, son père en judo, tout près du plus haut niveau français), lui ont insufflé au berceau cette rage de vaincre, cette soif de victoire qui le pousse à toujours progresser et à aller plus loin, plus haut. Lui ne restera pas aux portes de l’équipe de France. Il en est même maintenant le pilier ! Il voulait être champion de France, c’est fait. Et maintenant : l’Europe, le monde ? Que veut-il conquérir, à présent ? « Déjà, entrer dans le top 50 (il est actuellement N°54), puis encore progresser… Je sens désormais, après avoir vaincu ma bête noire, le tchèque Petr Koukal (N°36 mondial), que je peux battre des joueurs du top 30. Passer des tours lors de Super-Series, c’est mon objectif, maintenant.».

Bertrand Gallet en filigrane

La confiance est là. La confiance acquise au fil des interclubs, des perfs, des tournois internationaux gagnés… La confiance distillée par son entraîneur Bertrand Gallet, dont il dit ne plus pouvoir se passer. Ce qui explique que Brice joue toujours pour Créteil, une équipe entraînée par l’ancien champion de France, malgré les sollicitations de plus en plus alléchantes d’autres clubs français et européens. Mais Brice est fidèle en amitié et a de la reconnaissance, voire de l’affection vis-à-vis d’un club et d’un entraîneur qui l’ont accueilli après son accident de moto en 2004. Un genou en vrac, ce n’est pas facile à gérer quand on est un espoir… « Après une longue et pénible rééducation, Bertrand m’a redonné l’envie de jouer et de m’entraîner dur… Il t’apprend tellement de choses en une seule séance, que cela motive à bloc, et j’ai vraiment beaucoup progressé avec lui ! Et ce n’est pas fini… » assure-t-il dans un sourire malicieux. C’est sûr qu’il a encore beaucoup à apprendre. En double, notamment. Pourtant, ses premiers faits d’armes majeurs, c’est en double qu’il les a eus, en décrochant avec Mathieu Lo Ying Ping, la médaille de bronze junior aux championnats d’Europe 2005. «Oui, j’adore le double ! Les sensations sont très différentes du simple, mais j’aime la vitesse du jeu, et la complicité avec son partenaire. En ce moment je privilégie le simple car j’ai beaucoup progressé, les résultats suivent, et je me fais très plaisir sur le terrain, car j’arrive à imposer mon jeu et à me jouer de l’adversaire, c’est grisant…» Quand on voit ce que les « anciens » sont capables de faire en double au plus haut niveau (Stoyanov, Kelhoffner, Popov, Lefort, Boe et Mogensen…), on se dit que lorsque Brice se consacrera vraiment au DH, avec l’expérience et un surcroît de puissance, ça fera des étincelles !

Une tête bien faite


Quand il n’est pas sur les courts de Créteil, ou à l’Insep où il s’entraîne 5 jours par semaine, Brice est un garçon comme un autre. Aussi casse-cou et impétueux qu’un jeune homme de son âge. Il a une Suzuki Bandit 1200 cm3, adore faire du snowboard, du parapente… Faut de l’adrénaline, faut que ça aille vite, comme sur un court de badminton. Les études ? Un BTS management des unités commerciales. Faut avoir un diplôme, au cas où… Brice avoue que ce n’est pas facile de combiner sport de haut niveau et études, et on le comprend : en revenant de 5 heures de bad’, on n’a pas forcément envie de bosser ses maths ou son économie…



Alors il trouve le réconfort auprès de la charmante Karen, sa compagne mauricienne, avec laquelle il s’entraîne à Créteil. Dans un coin de son petit appartement, entre les sacs de sport, les médailles et les trophées, traîne une guitare, dont il n’a plus guère le loisir de gratter les cordes. Celles qu’il fait résonner chaque jour sont tendues à 14 kg sur des X-Feel Power Babolat, et expédient des missiles en plumes à 300 km/h… Brice adore la musique, toutes les musiques, mais surtout le rock (Coldplay, Offspring, U2…). C’est sa seconde passion, avec les voyages.

London 2012 ?


Une grande mappemonde occupe le mur de son salon, et ses yeux brillent d’un éclat plus vif lorsqu’il raconte les montagnes du Pérou, la pampa argentine, le rafting sur le Nil en Ouganda, ou les plages mauriciennes… « Quand j’arrêterai le bad’, je ferai le tour du monde » assure-t-il. On le croit. Et s’il continue sur sa lancée, il est probable qu’au fil des tournois internationaux, il aura déjà visité pas mal de pays. Et accroché aux étagères d’autres souvenirs en métal jaune ou argenté.

On ne sait pas si Brice connaît déjà Londres. Mais gageons qu’il ne rechignerait pas à passer quinze jours en été dans la capitale anglaise. En 2012, par exemple ?



Brice sera bientôt l'invité de Badzine sur son LIVE CHAT, notamment pour parler de l'Association de joueurs dont il est un membre actif.





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