|
L'aventure continue! Notre maitre en histoire Christian Cremet s'interesse cette fois-ci à l'image de notre sport favori au sein de la littérature française. Morceaux choisis.
Le badminton n’est pas un truc de romancier, c’est le moins que l’on puisse dire. Le mot apparaît pourtant dès l'époque où il n'était encore que le jeu de volant. Nos problèmes de reconnaissance viennent de là. A vous de juger avec ses quelques courts extraits où il n'est question que de fillettes, de curés, de bonnes soeurs ...
Le martyre commence avec Jean-Jacques Rousseau (en photo ci dessus) un philosophe de la "Bande des Quatre", dans son manuel d'éducation “Emile ou de l'éducation”. [...] Le volant est un jeu de femmes ; mais il n'y en a pas une que ne fit fuir une balle en mouvement. Leurs blanches peaux ne doivent pas s'endurcir aux meurtrissures, et ce ne sont pas des contusions qu'attendent leurs visages. Mais nous, faits pour être vigoureux, croyons nous le devenir sans peine ? Et de quelle défense serons-nous capables, si nous ne sommes jamais attaqués ? On joue lâchement les jeux où l'on peut être maladroits sans risque : un volant qui tombe ne fait de mal à personne ; mais rien ne dégourdit le bras comme d'avoir à couvrir la tête, rien ne rend le coup d'oeil si juste que d'avoir à garantir les yeux [...]".
Les plus grands noms de la littérature française font jouer leurs personnages au jeu de volant . Donc Honoré de Balzac s'y colle dans « Le Père Goriot ». Ici l'expression "volant et raquette" est employée au sens figuré : "[…] Cette espèce d'argot varie continuellement. La plaisanterie qui en est le principe n'a jamais un mois d'existence. Un événement politique, un procès en cours d'assises, une chanson des rues, les farces d'un acteur, tout sert à entretenir ce jeu d'esprit qui consiste surtout à prendre les idées et les mots comme des volants, et à se les renvoyer sur des raquettes. La récente invention du Diorama, qui portait l'illusion de l'optique à un plus haut degree que dans les Panoramas, avait amené dans quelques ateliers de peinture la plaisanterie de parler en rama, espèce de charge qu'un jeune peintre, habitué de la pension Vauquer, y avait inoculée […]."
Gustave Flaubert est l'auteur du célébrissime roman,"Madame Bovary". Chapitre 1 : Charles Bovary débute mal dans la vie et les servantes jouent au volant dans la rue. "Dans les beaux soirs d'été, à l'heure où les rues tièdes sont vides, quand les servantes jouent au volant sur le seuil des portes, il ouvrait sa fenêtre et s'accoudait. La rivière, qui fait de ce quartier de Rouen comme une ignoble petite Venise, coulait en bas sous lui, jaune, violette ou bleue, entre ses ponts et ses grilles".
Le plus grand de tous, Victor Hugo (photo ci dessus) s'y met aussi avec "Les Misérables". Plusieurs paragraphes où le grand poête utilise la raquette et le volant dans le sens de brinquebaler à droite, à gauche. Plus tard encore, Jean Valjean va mourir. Cosette est à son chevet. Il se remémore l'auberge de Montfermeil et leur vie passée : "[...] Et la grande poupée ! Te rappelles-tu ? Tu la nommais Catherine. Tu regrettais de ne pas l'avoir emmené au couvent ! Comme tu m'as fait rire des fois mon doux ange ! [...] Un jour je t'ai donné une raquette en osier et un volant avec des plumes jaunes, bleues, vertes. Tu l'as oublié, toi. Tu étais si espiègle toute petite ! Tu jouais [...]".
Emile Zola (photo). Tout le chapitre 14 de "La conquête de Plassans" se déroule lors d'une partie de volant improvisée entre un curé et deux demoiselles : "[...] Vers cinq heures, comme le soleil baissait, l'abbé Surin proposa aux demoiselles Rastoil une partie de volant. Il était de première force. Malgré l'approche de la trentaine, Angéline et Aurélie adoraient les petits jeux [...]. Ils sortirent et la partie la plus agréable du monde s'engagea. Les deux demoiselles commencèrent. Ce fut Angéline qui manqua la première le volant. L'abbé Surin l'ayant remplacé tint la raquette avec une adresse et une ampleur vraiment magistrales. Il avait ramené sa soutane entre ses jambes ; il bondissait en avant, en arrière, sur les côtés, ramassait le volant au ras du sol, le saisissait d'un revers à des hauteurs surprenantes, le lançait roide comme une balle ou lui faisait décrire des courbes élégantes, calculées avec une science parfaite. D'ordinaire, il préférait les mauvais joueurs, qui, en jetant le volant au hasard, sans aucun rythme, selon son expression, l'obligeait l'obligeait à déployer toute la souplesse de son jeu. [...]
Plus récemment maintenant. Robert Sabatier de l'Académie Goncourt est surtout l'auteur des "Allumettes suédoises". Dans ce roman paru début 2000, il imagine la vie, sa vie à 117 ans, en l'an 2040. Le foot est passé de mode. Paris a changé de peau. Quant au Bad' : "[...] Les anciennes voies pour automobiles (l'une d'elles portait le nom d'un éphémère président de la République) jugées insultantes pour la beauté ont laissé place aux quais que nous aimions. Que de transformations ! Tout au long du cours, sur les deux rives, on trouve des guinguettes, des établissements balnéaires, des plages, des piscines, des saunas, des patinoires, des courts de tennis ou de badminton, des gymnases, des jardins d'enfants, des crèches, que sais-je encore ! [...]".
"Nazis dans le métro" de Didier Daeninckx. Dans la série des aventures de Gabriel Lecouvreur, dit "Le Poulpe". Un contemporain pourtant. "[...] Les deux skins tapaient contre le bois épais et l'on entendait le claquement des moteurs. Il grimpa quelques marches, ouvrit la fenêtre de la cage d'escalier pour sauter dans un réduit encombrés de frigos hors d'âge, de meubles désossés, et dont le mur donnait sur les jardins de l'église Sainte-Anne. Gabriel salua deux curés qui jouaient au badminton sur les pelouses du presbytère. Il s'accorda quelques minutes de repos dans la nef, reprenant la maîtrise de sa respiration entre une dévote tombée en extase devant le buste de Saint Arvor, et une femme de ménage qui lustrait les prie-Dieu en chantonnant le Je suis malade de Serge Lama. [...]".
Voilà donc, chers passionnés de badminton, l'image que votre divertissement, a renvoyé, renvoie (et continuera de renvoyer ?). J'ai d'autres extraits, j'y reviendrai douloureusement. Le martyre vous disais-je... A suivre quand même.

Nouveaux articles :
Anciens articles :
|
Ajouter un commentaire