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Après le carnet de route de Barbara Matias en Chine, c’est au tour de Gilles Cavert de nous faire profiter de son périple asiatique. Notre arbitre international a en effet officié lors des Open de Singapour et d’Indonésie, dans la moiteur de l’Asie du Sud Est avec tout le charme qui va avec. Voici donc son récit jour après jour.
Photos : Badmintonphoto
« C’était dit ; il me fallait absolument un peu d’exercice pour préparer les Jeux dans les meilleures conditions possibles…..Alors, après la Corée en janvier, Singapour et l’Indonésie étaient prêts à m’accueillir pour leur Super Series…
En route pour 2 semaines d’aventures….
Départ samedi 7 juin sur une jambe après le match de foot de la veille et des efforts inconsidérés ! ! ! Arrivée à Singapour dimanche en fin d’après midi ; 28 degrés au compteur et 85% d’humidité (c’est le tarif 24h sur 24 !). Bizarrement je supporterai bien mieux ces conditions que l’année passée ! Direction la Singapore River et les « Quays ». L’hôtel se trouve à proximité de ce quartier oh combien animé dès que la nuit tombe (et elle tombe vite sous l’équateur …), mais aussi à portée de fusil de Chinatown. Repas avec the French team ; Fabrice (Vallet) et Hongyan (Pi) en tête…
Récup le lundi avec au menu une petite ballade dans la ville et la découverte de la piscine de l’hôtel (dur, dur !)
Briefing des arbitres le soir : 16 étrangers dont 1 seul européen (ma pomme)… Nous allons expérimenter une nouvelle règle : le juge de service a la possibilité de déjuger le juge de ligne pour la ligne de couloir.
RAS sur les 2 premiers jours de compétition, hormis une température très fraîche due à excès d’air conditionné. On reviendra à des températures plus acceptables par la suite. Côté match, j’hérite du héros local Ronald Susilo, qui affronte Boonsak Ponsana (vainqueur l’an dernier)
A noter également jeudi, une petite soirée sympa sur les ‘’quays’’ avec le grand responsable d’une agence spécialisée dans les photos de bad (Raph) et son acolyte canadien, le camarade Yves !
Les choses sérieuses commencent
Vendredi 13 juin : Les choses sérieuses commencent avec un double mixte chaud comme la braise. Clark-Kellogg (que je retrouve après leur succès aux derniers championnats d’Europe) passent consciencieusement à la moulinette Zheng Bo et Gao Ling en 3 sets… Donna Kellogg est d’une sagesse quasi-exemplaire, et me donne moins de fil à retordre qu’au Danemark.
Le soir, repas animé chez un arbitre du cru qui a invité tous ses camarades mais aussi les participants au séminaire de juge-arbitre BWF qu’anime entre autres Isabelle Jobard. Le buffet est somptueux et épicé………..Dans ce cadre très sympathique, chaque arbitre est invité à pousser la chansonnette avec un air bien de chez lui. N’ayant peur de rien et bien sûr pas du ridicule, nous entonnons (avec Isabelle) une Marseillaise, qui laissera l’auditoire ………sur le cul ! ! !
Samedi 14 : Les demi finales au menu. Encore un match chaud avec Tine Rasmussen et la chouchou du public, la malaise Wong Mew Choo. Je m’isole 30 minutes avant le match pour mieux me concentrer. Des sensations bizarres au niveau des pieds…Un coup d’œil rapide et un immense éclat de rire. Je me suis lamentablement planté au réveil et j’ai enfilé 2 chaussures différentes. Heureusement qu’elles sont noires toutes les 2…
Dimanche 15 : Tradition asiatique oblige, c’est au briefing que l’on apprend sur quel match on va officier. Le simple hommes pour bibi entre Lee Chong Wei qui a laminé Peter Gade en demi, et Simon Santoso, l’indonésien qui monte, mais qui regardera les Jeux à la télé ! ! !
Je vérifie mes pompes…tout va bien ! ! !
La décontraction des 2 joueurs m’étonne. Alors que nous attendons ensemble d’entrer sur le terrain, ils n’hésitent pas à se faire tirer le portrait avec des juges de ligne et autres membres de l’organisation, le tout avec un grand sourire.
Le match est intense au 1er set. Lee est impressionnant de rapidité, d’intelligence tactique et de variété dans ses coups (ses feintes et coups retardés sont un vrai régal !). Au second set, la domination s’accentue. 1-0, 2-0, 3-0……9-0 , je me demande ce qui se passe (Simon aussi !) ; surtout ne pas sortir mentalement de ce match qui semble plié….. 11-0 arrêt de jeu. Les 60 secondes ne cassent pas le rythme de Lee qui poursuit son œuvre de démolition….. 15-0 ( c’est pas du tennis), avant que Simon ne marque son 1er point sous les vivats du public.
Lundi 16 juin : Départ pour Djakarta
1h d’avion pour un dépaysement complet. Même chaleur qu’à Singapour, mais la ville est tentaculaire, bruyante, embouteillée…Des marchands à la sauvette et des cuisines roulantes à tous les coins de rue…. 40 centimes d’euros pour un Nasi Goreng juste pimenté ! (fried rice local) !
L’hôtel est très confortable, et la piscine ne fait que…………. 25 m de long ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
Différence notable avec Singapour : il y a peu d’arbitres étrangers (6 au total).
Côté court, ce n’est pas un mythe, l’ambiance dans la salle est unique, surtout dès qu’un Indonésien est sur le terrain. Encouragements nourris pendant et entre les échanges. L’étranger est parfois hué au moment ou il va frappé le volant (OOOOOOOOUUUUUUUUHHHHH ! ! !) et le local acclamé à son tour lorsqu’il renvoie le volant (AAAAAAAAAHHHHHHHHH), ce qui nous donne une sorte de haka version indo.
Les spectateurs sont très proches des terrains. Notamment sur les côtés, l’arbitre a dans le dos des énergumènes qui vocifèrent, encouragent, chantent, ou tambourinent pendant les échanges. Surprenant au début, mais on s’y fait !
Ici, lorsque le héros local est en passe d’empocher un set, le public se met à scander ABC, ABC….. Intrigué par cette tendance à chanter l’alphabet, je demande plus d’éclaircissement aux arbitres indonésiens. En fait, c’est ‘’abi sin’’ qu’il faut comprendre, ce qui signifie littéralement ‘’finis le’’ ou ‘’tue le’’ !
Samedi 21 juin (fête de la musique ! ! !) Idem sur le terrain avec un mixte volcanique entre Widianto-Natsir et les Danois Laybourn-Rytter Juhl.
A l’entrée sur le terrain, le public est en fusion. 6000 spectateurs qui ovationnent leurs héros. Quelle ferveur, quel amour pour ses joueurs…..Et moi je marche vers le terrain, les joueurs me suivent…J’apprécie ce moment rare et fort et j’essaie en même temps de rester dans ma bulle pour ne pas subir la pression extérieure.
Menés dans chaque set, les Danois parviennent à chaque fois à coiffer leurs adversaires sur la ligne .22-20 22-20. Le public n’est pas rancunier. A la sortie du terrain, des centaines de personnes sont massés le long des balustrades pour prendre les joueurs en photo, leur serrer la main…le tout dans un bruit assourdissant ! ! !
J’arbitre le dernier match de la soirée qui devrait normalement être vite plié ! En effet, Marissa-Natsir affrontent les chinoises Wei Yili et Zhang Yawen. Là encore, les Indonésiennes sont déchaînées. En 68 minutes, elles déjouent les pronostics et renvoient les favorites à leurs chères études !
Dimanche 22 juin :
Les Finales : arbitrage du double hommes.
Ce double promet d’être explosif entre les champions olympiques de Sydney (Wijaya-Gunawan) et la paire malaise qui monte vainqueur à Singapour la semaine précédente. La salle est aménagée de telle façon en Indonésie que la salle de repos des joueurs; l’espace ou ils s’échauffent et se retrouvent après leurs matchs jouxte celui des arbitres. Je vais donc voir mes joueurs s’échauffer, et leur faire en même temps quelques recommandations par rapport à certaines contraintes que la télévision impose.
Contrôle des pompes (les miennes !), ouf tout va bien !
A l’appel de mon nom je vais me positionner sur le terrain avec le juge de service. Quelques instants plus tard, les 2 paires arrivent ensemble. La ferveur du public est alors exceptionnelle. Et moi je me dis que c’est un plaisir de pouvoir vivre des moments pareils.
Les échanges sont féroces. Les chouchous du public arrachent le 1er set au forceps ! la salle chavire ! ! ! Rester concentré ! ! !
Les Malaisiens se détachent dans le second set et mènent même 19-13. Wijaya-Gunawan remontent à 18-19 avant qu’une faute au service annoncée par le juge de service ne leur coupe l’herbe sous les pieds : 21-18 pour les Malaisiens.
Le 3e set débute dans un climat surchauffé. Les malais doivent se battre contre leurs adversaires mais aussi la pression du public. Dans ces conditions, les juges de ligne indonésiens sont impressionnants de rigueur et de professionnalisme. C’est d’ailleurs ainsi depuis le début du tournoi ! ! !
Les vieux briscards ne pourront rien contre la fougue des jeunes loups Malaisiens ! ! ! 52 minutes de bonheur !
La sortie du terrain se fait dans une ambiance de concert rock. La foule crie ; elle veut toucher ses joueurs, les remercier… et le service de sécurité a du pain sur la planche. Et moi qui ‘’fait la trace’’, je suis encore une fois saisi par cet engouement ! ! ! Des journalistes indonésiens m’arrêtent près de la salle de presse et s’étonnent de voir un arbitre européen sur ce tournoi ! A moi de leur expliquer par le détail les raisons de ma présence.
Je me retrouve 2 matchs plus tard au service dans le simple dames qui oppose Zhu Lin (la tombeuse de Hongyan en demi) à Yulianti,, l’Indonésienne, qui a sorti Zhou Mi et Zhang Ning lors des tours précédents. Là encore, un soutien sans faille du public pour 3 sets irrespirables qui verront la chinoise garder ses nerfs et son sang froid pour l’emporter. Une victoire essentielle dans la course aux 3 places olympiques que se disputent les Chinoises !
Un repas sympa avec le cousin québecois (Yves Lacroix) pour finir la soirée.
Lundi 23 : retour au pays. Je suis à 2 doigts de me mettre dans le même pétrin qu’en Corée. Cette fois ci ce n’est pas le passeport que je pomme mais la carte d’embarquement que je laisse traîner sur le comptoir. Heureusement que le personnel à l’œil !
Arrivée le mardi matin à Toulouse dans un état de décomposition très avancé !
Bilan général des opérations : plus de 50 matchs arbitrés en une semaine, des conditions de jeu notamment en Indonésie qui, je l’imagine, se rapprochent fortement de ce qu’on retrouvera en Chine, mais surtout de nouvelles sensations, un peu plus d’expertise grâce à ces nombreux matchs de très haut niveau.
Mais surtout, un accueil extraordinaire aussi bien à Singapour qu’à Djakarta. Des organisateurs souriants, hyper gentils et qui vous mettent dans des conditions optimales pour arbitrer !"

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